Oh my god! Oh my god! Oh my god! Je suis à New York. Je fais ma Carrie Bradshaw (l’héroïne de Sex and the City). Mais je suis, plus exactement, à Brooklyn. Donc je bois de la bière et non des Cosmopolitans, je vais acheter mes escarpins dans les « second hand shops » et non chez Jimmy Choo, je mange des saucisses ukrainiennes et non des sushis. Je fais ma Carrie Bradshaw du pauvre, en quelque sorte.
New York, je n’invente rien en affirmant cela, est une ville vivante, bruyante, pleine de vie. Elle est épuisante, mais apporte en même temps beaucoup d’énergie, et elle nourrit notre imaginaire. Un peu à l’image d’une jolie partie de jambes en l’air. Entre les endroits interlopes, les shows de strips et les artistes borderline, les sujets erotico-culturels ne manquent pas dans cette ville. Mais j’ai choisi de vous parler d’un concept que je trouve drôle et totalement con, développé par nos amis les ricains : le Air Sex.
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avr
2012
Cette phrase, je n’imaginais pas, il y a dix ans, la prononcer. Il y a dix ans, j’étais une jeune étudiante en sciences politiques, mon visage avait encore les rondeurs de l’adolescence, je voulais être grand reporter pour Radio France, et ne jurais que par Lévi-Strauss (l’anthropologue, pas les jeans). Il y a dix ans, j’étais une petite intello un peu coincée. Pourtant, je me souviens avoir regardé, avec mon amoureux de l’époque, un Dorcel, sur VHS. Je ne me rappelle plus le titre, juste que c’était une histoire de bourgeoises assez salopes.
Dix ans plus tard, me voilà donc, à Paris, un mercredi soir, à 22h, devant l’entrée d’un club libertin, pour une chronique. Intello toujours, mais sur ma table de chevet Le Fétichisme : histoire d’un concept a remplacé La Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara. Je suis, pour être honnête, assez contente de rencontrer des personnes de cette boîte, et donc avant d’aller à cette soirée ; j’ai écrit comme statut Facebook : « ce soir, c’est soirée Dorcel ». Au bout de quelques secondes, j’ai un « like ». De ma mère. Tout va bien. Au bout de quelques minutes j’ai des messages privés. Des amis (hommes, bien sûr) qui me demandent s’ils peuvent m’accompagner. J’aurais dû m’en douter. Dorcel est un nom créateur de fantasmes. C’est assez fascinant.
La marque, qui a plus de trente ans, a réussi à créer une image tellement forte, que non seulement tout le monde la connaît (sauf peut-être ma mère), mais elle génère en plus immédiatement des images : des orgies bourgeoises, des porn-stars dévêtues qui déambulent une coupe de champagne à la main, des personnages masqués, bref des scènes de porno-chic. Lire la suite..
J’adore avoir des théories. Fondées ou infondées, peu importe. Je vous ai exposé ma théorie sur le nombre d’hommes qui regardent du porno, celle sur pourquoi la voile est une activité érotique, et celle sur ce qu’il faut manger après l’amour. J’en ai aussi sur : pourquoi les enfants sont-il de droite, pourquoi porter de la fourrure vintage est beaucoup moins grave que porter de la fourrure neuve, et comment mes voisins au-dessus de chez moi font rouler sur leur parquet de grosses boules en fer le dimanche matin (on m’a dit que c’était l’aspirateur, je n’en crois pas un mot ; ce sont de grosses boules en fer).
Ma théorie du mois – vous avez de la chance, elle est toute récente – est la suivante : les hommes trentenaires, pour parler de leur sexe, disent « bite », alors que les quadras, eux, disent « queue ». Tadaaaaam ! Lire la suite..
Les vitrines parisiennes m’ont toujours fascinées. Petite, je venais spécialement de Bretagne, pour aller voir, avec ma grand-mère, les vitrines de Noël des Galeries Lafayette. Adolescente, je scotchais, avec ma grande sœur, sur les robes à paillettes et les chaussures à talons vertigineux des vitrines de Pigalle. Pendant mes études, j’allais souvent admirer les animaux empaillés de Deyrolle, ou me marrer devant les meubles ultra-kitschs de la boutique Roméo à Bastille.
Aujourd’hui, parisienne depuis plusieurs années, je garde mes réflexes de provinciale, et m’arrête régulièrement devant de belles vitrines présentant des objets hors budgets : de Chantal Thomass à Jean-Paul Gaultier, en passant par Yves Saint-Laurent ou Louboutin.
Je sais que je ne peux pas m’offrir ces objets, mais j’ai le plaisir, absurde, de me dire qu’il n’y a rien, ni personne, qui m’empêchent d’en goûter la vue. Comme Denise, lorsqu’elle découvre les vitrines parisiennes dans Au bonheur des dames de Zola, je me laisse « prendre toute entière » par ces décors. Je ne consomme pas bien sûr, et ne pénètre pas dans les boutiques.
Il y a dans ces balades parisiennes une forme de mélange d’excitation et de frustration. Quelque chose d’assez semblable, j’imagine, avec le fait de désirer un homme marié. On regarde, mais sans toucher, on a envie de consommer, mais on sait que ce ne serait pas bien, on s’imagine avec, on y observe notre reflet, on essaie de deviner ce qui cache derrière les apparences, et enfin on se contente du fantasme. Il y a un joli mot pour cela : la « concupiscence ». Lire la suite..
Il y a quelques mois, cher lecteur, je vous parlais d’un livre de chevet, un petit bijou d’intelligence, Les 100 mots de la sexualité. Et bien j’ai depuis quelques semaines un nouveau livre de chevet, qui traîne à côté de ma lampe de collégienne, de ma collection de boules à neige, de ma bouteille d’eau, et de ma photo de luchador mexicain.
Il s’agit de L’argot d’Eros, de Robert Giraud.
L’auteur, ami de Robert Doisneau, était bouquiniste. Il a écrit sur les prostituées, les sans-logis, les bistrots, et l’argot, donc. Après L’argot du bistrot, les éditions de la Table ronde ont eu la riche idée de publier récemment ces définitions de mots argotiques liés au sexe. Des mots entendus dans la rue, mais aussi lus dans les textes d’Alphonse Boudart, d’Henry Miller ou de Pierre Devaux. Je lis San Antonio, adore Audiard, et parle parfois malgré moi comme mon arrière-grand-mère (je dis, par exemple, passage clouté à la place de passage piéton…).
Il y avait donc de grandes chances que ce livre me plaise. Je ne fus pas déçue : j’ai découvert des expressions et mots truculents, poétiques, vulgaires, gourmands, sales, drôles, joyeux, bizarres, imagés, coquins, ou paillards.
On s’amuse, en les lisant, à chercher le lien entre le signifiant et le signifié. Il est parfois très obscur. Autant qu’un godemichet soit appelé « homme à ressort », on comprend bien, autant on se demande qui a eu l’idée un jour de dire « tutoyer le pontife » pour signifier « faire une fellation »…
Tout ceci est un peu vieillot et nostalgique, me direz vous. Certes, mais il n’empêche que si je vous racontais, dans cette chronique, en détail, une partie de jambe en l’air dominicale, avec des mots actuels, je passerais pour une impudique. Alors que si je me mets à l ‘écriture argotique, tout d’un coup, c’est plus poétique. La preuve :
« Un dimanche, après le déjeuner, l’envie me vient de me payer le café du pauvre. Je fais donc comprendre à mon coquin que je veux faire la chose. J’ai la chounette en sinapisme. Mais je n’ai pas le temps de me décarpiller qu’il extirpe de mon corsage toute ma laiterie, les balottes de plaisir découvertes. Oh je l’ai dans le raisin, cet homme orchestre ! Après qu’il soit descendu au café des Deux Colonnes, celui où se blottit le temple de Cypris, je me sens une vraie saute au paf et décide de m’occuper du cigare à moustache et d’agacer le sous-préfet. Nous faisons ensuite criquon-criquette, jusqu’à avoir les doigts de pied en bouquet de violettes. »
C’est quand même plus marrant que les dirty words entendus dans les pornos actuels, non ? Dans un film américain récemment visionné, la fille avait un seul mot en bouche – si j’ose dire – et c’était le mot « fuck ». Au bout de deux minutes j’avais envie de l’interrompre et de lui crier : « Hey ! Achète-toi un dico des synonymes, ma cocotte ! Tu nous saoules, là avec ton « fuck fuck fuck» ! » Bon, comme ça ne sert à rien de parler à un écran je me suis tue. Et ai coupé le son.
Ne vous méprenez pas, je ne dis pas qu’en pleine action on doive sortir, tout d’un coup : « dis donc chéri, tu ne voudrais pas me gamahucher la chouse ? ». Cela sonnerait super chelou. Mais entre l’ancien langage fleuri de la rue et celui appauvri de Youporn, il y a, j’en suis sûre, des entre-deux. Un langage à inventer, à deux. Car l’inventivité va de pair avec une jolie sexualité.
Au plaisir, à la revoyure, et bonsoir la compagnie,
L’argot d’Eros, de Robert Giraud, aux éditions de la Table Ronde, Coll. La Petite Vermillon, 9€50 sur Fnac.com
Illustration Fred Bernard pour LorenzodeParis.com

























