Bye bye Lorenzo…
La dernière chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Toutes les histoires d’amour finissent mal en général ? Même pas vrai.
Chers lecteurs, chères lectrices, cela fait maintenant plus de deux ans que j’écris pour LorenzodeParis mes chroniques érotico-culturelles. Tout a commencé par un coup de foudre…

Un dîner d’amis (big up Noémie et Olivier), au cours duquel je rencontre Laurent, créateur de LorenzodeParis.
Il me parle mode masculine, je ne comprends rien à ce qu’il me dit, mais je comprends qu’il va créer un nouveau site lifestyle. Je lui parle culture érotique, il se dit cette fille est folle, mais inspirée, il prend mes coordonnées.
Quelques jours plus tard, je lui propose de contribuer à son webzine en écrivant des chroniques érotico-culturelles.
Il ne dit pas non, mais Laurent n’est pas un garçon facile (il a déjà dirigé plusieurs rédactions et ne se contente pas de bonnes idées, il doit évaluer mon potentiel). J’y vais doucement, prudemment, pas envie de tout gâcher par manque affectif, par manque de chouette site qui peut accueillir mes textes.
Il me propose d’écrire un premier texte, pour tester. Je suis nerveuse, je mets des heures à l’écrire, à voir si rien n’est de traviole. Et puis je me lance : bim, envoyé. J’attends, nerveuse, sa réponse.
Elle arrive : « Cela me plaît, continuons ensemble ». Pfiouuu, je respire. J’ai décroché ma première pige rémunérée sur l’érotisme. Je lui propose ensuite un plan à trois : Fred Bernard, illustrateur de talent, dessinerait un personnage, pour chaque chronique. Laurent est coquin -et curieux, il accepte.
S’en suivent des chroniques où je vais rencontrer un ex-acteur X des années 70, vous raconter mes histoires de tatouages, vous parler de littérature porno, de séries, de films érotiques, vous faire visiter la Mondaine et vous emmener à Pigalle.

Deux ans après, le couple Lorenzo-Camille Emmanuelle est toujours solide, joyeux, et sexy.
Les secrets d’un couple qui dure ? De la confiance, du respect, et de la fantaisie. Le jour où Laurent me dit qu’une des mes chroniques ne l’a pas fait rire, j’ai envie de pleurer. Mais j’accepte la critique, et comprends que pour notre histoire continue, je vais devoir faire des efforts dans mon écriture, ne pas me reposer sur mes lauriers.
Mon histoire avec Lorenzo, c’est aussi des cocktails home made de dingue (son fameux Wasabi martini notamment), des cadeaux (du parfum Chanel, de l’eye-liner, ou comment toucher juste), et des dîners avec du bon vin, où on parle business au début, sexe au milieu, et sexe à la fin.
Bref, une histoire de rêve n’est-ce pas ? Et pourtant, je m’en vais…

Je crée mon propre site, Friponsfriponnes.com, toujours dédié à la culture érotique, qui va être relayé par le Huffington Post. J’ai pris de l’assurance, j’écris quasiment à plein temps, il est temps pour moi de tester mon écriture sur un autre support. J’ai les chocottes, bien sûr, comme pour toute nouvelle histoire. Est-ce que le prochain site va être aussi bien ? Est ce que je vais garder mon autonomie, mon envie ? Est-ce que, est-ce que… ? Je fais confiance à l’avenir. Mais Lorenzo sera toujours mon ex historique. Celui qui m’a fait grandir, m’a fait confiance, et m’a donné du plaisir. Pour cela je lui dirai merci toute ma vie.
Au revoir chers lecteurs. Prenez bien soin de Lorenzo, c’est un type formidable.

Liberté ! Egalité ! Sexualité !
La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

On vit tous, dans la vie, des petits moments de gêne, n’est ce pas ? Moi la première.
Je ne parle pas du moment où j’ai réalisé, avant un rendez-vous amoureux, que le matin je n’avais pas choisi de porter une jolie culotte de la marque Fifi Chachnil, mais un machin noir, informe, en coton, avec écrit dessus « In case of emergency, pull down ». Ni du moment où une amie, à qui je parlais amour de la gastronomie, a ouvert mon frigo et découvert un seul yaourt, périmé depuis deux semaines, une bière et des Babybels. Ni de celui où, le lendemain d’une nuit torride, je suis sortie de la salle de bain avec mon peignoir « Meetic » (souvenir d’une soirée de mon ancienne agence de com, et non cadeau gagné au bout de cent rencontres, je précise). Ni de l’expérience récente, où, en me déshabillant devant mon partenaire, j’ai réalisé que mon esthéticienne m’avait fait une épilation intime pour le moins originale. Ni triangle ni ticket de métro, mais « Tour Eiffel ». A l’envers.

Non, la gêne, il m’arrive de la voir dans les yeux de mon interlocuteur ou interlocutrice, quand, parlant de mes chroniques et de mes diverses activités, je me définis comme féministe. Comme si je venais de dire un gros mot. Ou comme si je venais de dire : « J’adore torturer des poussins, et m’en faire des manteaux de fourrure. Jaunes ».
Le féminisme est une pensée noble, progressiste, intégrant des hommes et des femmes, qui luttent pour moins de discrimination sexuelle, moins de violences faites aux femmes, et plus d’égalité et d’équité.

Je suis souvent surprise par les clichés qui circulent encore sur ce sujet. Peut être est-ce parce que les médias ne parlent que des actions spectaculaires ? Les femmes qui brûlaient leur soutien-gorge dans les années 70, celles qui défilent seins nus aujourd’hui. Or il y a plein de textes, d’hier et d’aujourd’hui, et d’actions formidables, qui n’ont rien à voir avec les nichons. J’ai quand même récemment entendu quelqu’un qui m’a dit : « T’es féministe ? Mais euh… tu portes au quotidien des escarpins, des jarretelles, et du rouge aux lèvres… » Je n’ai pas su, sur le coup, quoi répondre. Comme si c’était incompatible avec une pensée politique, comme si toutes les féministes s’habillaient en Quechua, ou comme si s’amuser avec les codes de séduction de l’ultra-féminité serait forcément une aliénation au patriarcat. Non mais allo, quoi !
J’aurais du répondre que j’étais proche des théories de Judith Butler, sur la notion de performance de genre. Constitué par la réalisation de performances, le genre « femme » (comme le genre « homme ») reste contingent et sujet à interprétation et « re-signification ». Mais bon, on était dans un bar, il était 1h du mat, ce n’était probablement pas la bonne réponse.

Ceci étant dit, je ne suis pas militante. Je suis une féministe de canapé. Je lis des essais, des articles, et discute de ces sujets avec mes proches. Mais c’est tout. Ok, parfois, alors que je suis tranquillou avec ma tisane sur mon canapé et que je lis un article qui me révolte, je lève un petit poing, Et me mets seins nus. Mais personne ne le voit, donc on s’en fout.
J’admire les personnes qui s’engagent, mais d’une part, je crains l’esprit militant, qui crée parfois une pensée normative et « réactive », et d’autre part je ne me reconnais pas dans les mouvements existants.
J’ai noté une certaine tendance, dans le féminisme actuel, de gauche, à des prises de positions moralistes, voire réactionnaires. Punir les clients des prostituées (à quand le Grenelle de la prostitution, pour vraiment parler de ce sujet de société ?), critiquer -sans la connaître- la pornographie, toute la pornographie, réagir au quart de tour dès qu’un comique fait des blagues soi disant misogynes (cf les réactions ultra-épidermiques suite aux vannes, que j’ai personnellement trouvées très drôles, de Seth MacFarlane, aux Oscars 2013).
Je lis et apprécie, entre autres, les écrits d’Elisabeth Badinter et de Virginie Despentes. Toutes deux ont des sujets et des pensées différentes (Badinter sur l’identité et récemment la maternité, Despentes sur la sexualité et la prostitution), mais elles intègrent le fait que les femmes ont gagné le droit à disposer de leur propre corps, et donc aussi de leur sexualité. Je me sens en cela plus proche des théories du « féminisme pro-sexe » (Wendy Delorme, Emilie Jouvet) que de celles du féminisme « oh-mon-Dieu-une femme-dans-une-vidéo-porno-fait-une-fellation-à-genou-elle-est-soumise-c’est-affreux ». Hum, je caricature le propos et risque de ne pas me faire de copines. Mais c’est l’idée.

Par ailleurs je défends l’égalité sociale, salariale, politique entre les hommes et les femmes, et, sans considérer les femmes comme des victimes en soi, je me révolte contre le nombre élevé de violences sexuelles faites aux femmes. Mais le féminisme, la revendication égalitaire, doit s’arrêter selon moi à la porte de la chambre à coucher.
La misogynie aussi d’ailleurs ! Le sexe entre adultes consentants est un territoire de liberté, de jeu. On peut y jouer différents rôles : domination, soumission, etc… Le fait d‘être capable de jouer ces rôles indique qu’on ne les subit pas. On les choisit. C’est libérateur. Et jouissif.

Je ne suis bien sûr pas la seule à le penser. J’ai récemment trouvé, grâce à une amie, une gourou. Youhou !
Elle s’appelle Esther Perel, c’est une thérapeute de couple et une auteur, vivant à New York. Elle est brillante, drôle, parle cinq langues et a interrogé des hommes et des femmes dans le monde entier. Plus tard, je veux être elle.
Bon, j’exagère un petit peu, mais ses écrits font du bien. Elle analyse principalement la question du désir dans la durée, du besoin de fusion et de stabilité des couples modernes, antinomique selon elle avec le désir. Et, tout en défendant l’égalitarisme éclairé, comme une des plus grandes avancées de nos sociétés modernes, elle considère qu’il peut coûter cher dans le domaine de l’érotisme.

Dans son dernier ouvrage, L’intelligence érotique, elle développe, témoignages de couples à l’appui, sa théorie. « Face à la brutale réalité de la violence, des viols, du trafic sexuel, de la pornographie à caractère infantile, des crimes de haine, nous devons être très attentifs aux abus de pouvoir qui s’insinuent dans les rapports sexuels. Mais la poétique du sexe, quant à elle, est souvent politiquement incorrecte, puisqu’elle prospère au sein des jeux de pouvoir, des renversements de rôles, des avantages inéquitables, des demandes impérieuses, des manipulations de séduction et des cruautés subtiles. » Esther : one point/politiquement correct : 0.
Elle ajoute : « Les interdits que nous respectons avec véhémence au grand jour sont souvent ceux que nous aimons transgresser dans l’obscurité. La force de l’imagination érotique, c’est de pouvoir outrepasser la raison, les conventions et les barrières sociales ». Yeaaah! Esther! You’re a winner! I love you! E-sther Présidente !
Hum. Je vais me calmer, reprendre un peu de tisane, et remettre mon soutif. Le Fifi Chachnil, pas le moche en coton qui peluche.

Sexe, macarons, et rock‘n’roll
La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Il y a des moments, dans la vie d’une chroniqueuse de l’érotisme, où l’on se bat pour une interview.
Je rêvais depuis longtemps d’interviewer un(e) chef cuisinier… Plaisirs de la bouche, que j’associe, indiscutablement, aux plaisirs du vin et aux plaisirs sexuels.

Quand on me parle de Guillaume Sanchez, chef pâtissier, meilleur apprenti de France en 2006, qui a travaillé pour Pierre Hermé, Fauchon, Ladurée, Dalloyau et Delmontel, et qui est tatoué de la tête aux pieds, je sens mon cœur de piquée s’emballer. Gastronome et rock’n’roll : miam !
Je fais des rêves à base d’éclairs aux chocolats et d’hirondelles, de tiramisu et de sirènes, de religieuses et de pivoines rouges (oui, ben, ce sont des rêves, on ne leur demande pas d’être cohérents, juste chouettes).
Puis j’apprends l’âge du prodige. 22 ans. Ouch ! Coup de ieuv. Quand après mes études, je montais travailler à la capitale et découvrais avec gourmandise les pâtisseries parisiennes, il rentrait en sixième… Depuis, il a fait du chemin, le jeune homme. Il est aujourd’hui entre Paris et Londres, où il va ouvrir deux nouveaux Horror Picture Tea, mi-salons de thés, mi-salons de tatouage, vient de faire la carte d’un food truck, travaille pour Colette, etc, etc…
Pas facile de le joindre, mais à force de smileys sur Facebook (car je sais m’adapter), je le convaincs de me rencontrer. Rendez-vous pris à 15h chez Ladurée, sur les Champs Elysées.
Je le retrouve au bar, facilement repérable au milieu de la clientèle de touristes et de cadres supérieurs.
Il commande un « Elysée », et moi, un millefeuille. Le millefeuille est un choix assez courageux de ma part : je prends le risque d’avoir plein de caramel sur les dents, et donc de ne plus pouvoir poser mes questions. Il est par ailleurs très difficile de le découper sans le massacrer. « Tu le retournes et tu le mets de côté », me conseille Guillaume. Ah oui, c’est mieux. Après deux bouchées, je me lance.

La pâtisserie rock, c’est quoi ? Un éclair avec une tête de mort dessus ?
Non. C’est la liberté de créer ce que l’on veut, de bosser avec des gens tarés et talentueux, et aussi, pour moi, le choix de quitter les cuisines, pour pouvoir enfin me lever à 10h le matin.

Tu dirais que ton métier est sensuel ?
Je crée des choses que les gens se mettent avec plaisir dans la bouche, donc oui ! Et puis toutes mes créations ont un rapport avec les femmes. Soit une rencontre, soit une rupture. Un nom de gâteau va par exemple s’inspirer d’une fille dont je tombe amoureux. Et je tombe souvent amoureux…

Est-ce qu’il y a des pâtisseries plus érotiques que les autres ?
Le macaron. C’est quelque chose d’habillé, d’élégant, mais aussi de furtif et d’intense. Tu le découvres, mais tu le dégustes en une bouchée, il faut donc que le plaisir fonctionne tout de suite. Comme un flirt que tu emmènes directement dans les toilettes d’un bar.

C’est un peu le quickie de la pâtisserie, en fait. Et que penses-tu du mélange sex & food, genre je te tartine de crème chantilly en préliminaire ? Enfin je ne parle pas de toi, de te tartiner, hein, je parle en général (rire gêné) ?
Je trouve cela ridicule et inutile. Et un peu crade aussi. Moi je suis plutôt, malgré ma spécialité, porté sur le salé.
Et je ne me vois pas mettre des lasagnes sur le corps de ma copine.

Attention, cliché ! Femme gourmande dans la vie, femme gourmande au lit ?
Non, pas forcément, j’ai déjà rencontré des filles qui n’aimaient pas spécialement manger, mais qui aimaient le sexe.

Et les filles que tu rencontres te demandent de leur faire à manger ?
Oui, mais juste pour vérifier que je ne raconte pas des conneries, que c’est vraiment mon métier !

J’observe, dans les salons de thé, des dames d’un certain âge, qui mangent plein de pâtisseries, avec un air gourmand, qui dit : « à présent je m’en fiche de ma ligne, j’en profite ».
La gourmandise, ça rime avec lâcher prise, non ?

Oui, mais je pense que même les femmes plus jeunes commencent à être plus à l’aise avec cela. Sans tomber dans les excès, elles s’autorisent plus de choses. On est en train de sortir, un peu, du culte de la minceur, voire de la maigreur. C’est une bonne nouvelle.

Un dessert à recommander pour un premier rendez-vous? Pour après le sexe ? Pour une rupture ?
Pour un premier rendez-vous, j’en parlais tout à l’heure, un macaron. Pour après le sexe, il faut quelque chose de consistant. Voire d’un peu régressif. Des crêpes ou des gaufres au Nutella. Après une rupture, soit la diète, soit quelque chose de bien industriel, pour se faire un peu de mal. Des Oreo. Et des chips.

Tu as des tatouages avec des gâteaux ?
J’ai une religieuse sur le doigt, un couteau et un fouet de pâtisserie sur mon cou, une fourchette au coin de l’œil.

Tu serais devenu plombier, tu te serais fait tatouer un robinet ?
Oui, je suis assez con pour cela.

Sérieusement, tes tatouages, dans le milieu de la pâtisserie, ça t’a permis de te faire remarquer, non ?
C’était très mal vu quand j’étais dans les cuisines. C’est assez militaire comme milieu, il faut rentrer dans la norme. C’est pour cela que j’en suis parti. Alors oui, aujourd’hui, clairement, ça fait partie de mon personnage, mais je travaille sur de vraies créations, je ne fais pas que de la com.

Tu veux dire que tu ne fais pas que du flan ?
Haha (rire forcé)

Hum, revenons à l’érotisme.  Sade, dans la Nouvelle Justine, fait dire à un de ses personnages : « Après les plaisirs de la luxure, il n’en est pas de plus divins que ceux de la table ». Tu mettrais les plaisirs dans quel ordre, toi ?
Dans le même ordre. D’autant plus que je ne suis pas un gourmet. Je mange très peu. Je travaille à l’odorat, et j’observe beaucoup les gens quand ils mangent. Je peux créer des pièces comme de l’ananas à la moutarde, ou des tartes au citron avec une émulsion iodée, sans les goûter. Je fais confiance à mon instinct, mes connaissances, et jusqu’ici, je ne me suis pas trompé. Le rapport amoureux doit selon moi fonctionner de la même façon : de l’instinct, des envies, de la liberté, pas d’hésitations !

Et euh, sinon, en parlant d’envie, on va finir nos desserts, là, non ?
Mais oui. On est aussi là pour cela, pas seulement pour l’interview. Cela me rappelle qu’un jour une journaliste est venue au premier Horror Picture Tea, et j’ai fait une blague nulle, qui est assez mal passée.

Vas-y, balance, je ne m’offusque de rien
Je ne fourre pas que des religieuses.

A lire : le très bon roman érotique d’Octavie Delvaux, aux éditions de la Musardine : Sex in the Kitchen.

Scandaleuse au jour le jour
La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Issue d’une éducation gauchiste, j’ai longtemps milité.  A 6 ans –j’étais précoce– contre le projet Devaquet. A 8 ans contre Le Pen. A 11 ans contre la Guerre du Golfe. A 15 ans contre le plan Juppé. A 18 ans contre les réformes Allègre. Et j’en passe. Aujourd’hui, embourgeoisée, à la limite de la sociale traîtrise, j’ai déserté le bitume.
A deux exceptions près. Je milite pour le mariage pour tous. Et pour les porte-jarretelles. Oui oui oui, je me bats pour la réhabilitation du port de jarretelles au quotidien. C’est un combat comme un autre, même si pour l’instant je suis un peu toute seule dans mon association (mais pas tout à fait seule dans ma tête).

Attention, que les choses soient claires, je n’ai rien contre les collants. Ça tient chaud, c’est pratique, et ça permet de porter des mini-jupes. Mais bon, à partir du moment où l’on porte une robe ou une jupe qui s’arrêtent juste au dessus ou au niveau des genoux, il n’y a plus d’excuses.
On a souvent mis les porte-jarretelles dans la catégorie : « Chéri, ce soir, c’est la teuf, je t’ai fait une surprise, je suis un peu fofolle, j’ai sorti la panoplie ». Quel sectarisme.
La jolie lingerie n’est pas là pour exciter une fois par mois le partenaire en manque de libido. Accrocher ses bas le matin, marcher dans la rue en sentant que l’on a deux jambes indépendantes et libres, sentir crisser le nylon lorsque l’on marche, dévoiler innocemment, à son amant, lorsque l’on s’assoit, le petit morceau de peau blanche qui contraste avec le noir du bas, dégrafer son attirail le soir, tel un rituel, cela n’a rien à voir avec le fait d’avoir la cuisse légère, comme disait ma grand-mère. C’est simplement électrisant. Et amusant.

J’ai donc poussé de petits cris de joie intérieurs quand la marque Scandale m’a demandé si je voulais tester une de leurs nouvelles parures. C’est un peu comme si on demandait à un militant Civitas s’il voulait partir en vacances avec Monseigneur Vingt-Trois. En plus sexy.
Petite minute historique. Scandale est née en 1932. Le fabricant, Robert Perrier, voulait rompre avec les contraintes du corset. Il inventa alors des gaines si légères que son assistante s’exclama : « C’est un scandale ! » (heureusement qu’elle ne s’est pas exclamée : « C’est quoi cette horreur! »). Les produits Scandale eurent alors un succès fou. Dans les années 50 et 60, leurs publicités faisaient appel aux plus grands illustrateurs de l’époque : René Gruau, Facon Marrec ou encore Roger Blonde. C’est une grande collectionneuse de lingerie rétro, Ghislaine Rayer, qui tient la magnifique boutique Spirit of Vintage, à Paris, qui m’a fait découvrir ces belles images.
Dans les années 80, la marque est tombée en désuétude. Aujourd’hui, elle a été rachetée par des hongkongais et, tendance rétro oblige, redevient à la mode, avec de nouvelles collections.

Revenons à nos moutons et à notre combat (oui, je dis « notre », car je considère que je vous ai tous rallié à ma noble cause). Je reçois donc la jupe jarretelle gainante N°8, couleur champagne, de la collection « Sirène. » J’avais retenu « jarretelle », pas « gainante », dans le mail. Oups. J’ai un vieux doute. D’une part car je considère que je n’ai rien à gainer, d’autre part car j’ai l’image des gaines La Redoute, en élasthane, couleur chair fadasse. Mais je caresse le satin doré, et repense à mon combat. Il faut bien se sacrifier, quand on milite. Objectif : la porter pendant 14h.

9h. Petite angoisse. Je vais mettre trois heures à l’enfiler, or j’ai un rendez-vous dans une heure… Mais non,  l’innovation est passée par là. La parure glisse sur ma peau. Comme papa dans maman.
Tac, un bas, tac, deux bas, tac tac tac tac, les quatre jarretelles. C’est magnifique. La taille est bien marquée, les bas sont tenus hauts, comme j’aime.
14h. Je sors d’un déjeuner. Normalement, surtout si j’ai mangé un tartare-frites, j’ai un mini-bidon qui apparaît.
Pas cette fois-ci. Certes, c’est un peu de la triche, et alors ?
17h. Je bosse, affalée sur mon canapé. Le glamour attendra ce soir.
20h. Dîner en bonne compagnie. Une main glisse délicatement sur ma cuisse, et frôle les attaches.
Regard excité de la bonne compagnie. Je fais mine de rien.
23h. Avec les porte-jarretelles, il y a toujours un dilemme. La culotte, dessous ou dessus ? Dessus, c’est mieux, si l’on veut garder la parure lors d’une partie de jambes en l’air. Mais dessous, c’est parfois plus élégant. Là, je ne me suis pas posée la question, puisque la culotte est intégrée sous la jupe. Une fois qu’on l’a dégrafée (comme un soutien-gorge), c’est un peu dur de l’agrafer de nouveau. Cela tombe très bien, car là, tout de suite, maintenant, ce n’est pas mon idée première.

Conclusion, je pense avoir trouvé une marque sponsor pour ma cause. On va faire des sittings (mais avec les jambes repliées sur le côté), scander des slogans un peu nuls (« Un-débat-maintenant, pour-des-bas-qui-maintiennent ! »), coller des affiches avec de la colle à faux cils,  et affronter les CRS en escarpins. Scandaleuses. Ma famille militante pourra être fière de moi.

A noter : le superbe cabaret burlesque, drôle et  poétique, « Porte-Jarretelles et Piano à Bretelles« , à L’Alhambra, à Paris, jusqu’au 17 mars 2013.

Gourmandes
La chronique érotico-culturelle de Camille Emmanuelle

Je suis une gourmande. J’aime manger, savourer de bons plats, découvrir de nouveaux produits et de nouveaux restaurants, goûter de bons vins, craquer sur des pâtisseries, et discuter avec mon fromager.
Pourtant, je suis une buse en cuisine. Une brêle. Une catastrophe. Une quiche. À ma décharge, j’ai eu une éducation culinaire assez basique, à base de riz, pâtes, surgelés, et petits pois en boîte. J’ai découvert la bonne cuisine, et également à quoi ressemblait une gousse d’ail, à 19 ans, quand j’ai quitté le domicile familial.
Ce qui est drôle (enfin ce n’est pas hilarant non plus, hein, c’est juste amusant), c’est que j’ai aussi découvert le sexe à 19 ans. Dès lors je pense avoir toujours associé plaisir de la chère et plaisir de la chair.

J’avais écrit, il y a quelques temps, une chronique sur où manger après une bonne partie de jambes en l’air.
Depuis, on m’a dit « Mais pourquoi n’écris-tu pas sur : que cuisiner à un(e) amant(e) pour le (ou la) séduire ? ». Hahaha, la bonne blague. Un jour, à 23 ans, j’ai appelé ma belle-mère, inquiète, car dans une recette il était indiqué : faire cuire les pommes de terre, les plonger dans l’eau froide. J’avais mis mes pommes de terre dans une casserole pleine d’eau froide, je les avais regardées, rien ne s’était passé. Bloooonde.

Depuis j’ai fait des progrès, mais j’ai surtout fait en sorte de tomber amoureuse de bons cuisiniers. D’autant plus que je trouve peu de choses aussi érotiques dans la vie que de voir quelqu’un que l’on désire cuisiner pour vous.
Cela me met dans tous mes états. Ce sont comme des préliminaires, mais par procuration. Il y a de la sensualité : la crème que l’on remue dans la casserole, la sauce que l’on goûte en se léchant les doigts, le légume que l’on épluche doucement.  Il y a aussi de la force : les ingrédients tranchés rapidement, la viande un peu malmenée, la pâte malaxée… Miam !

Vous allez me dire : je pourrais apprendre à cuisiner, à partir de livres de recettes. Certes, mais dans ma bibliothèque j’ai : La cuisine pour les nuls, La cuisine pour les paresseuses, La cuisine pour les débutants. Rien sur la cuisine pour choper. Pour l’homme marié quadra, des plats qui lui rappelle la période où il était étudiant, célibataire et vigoureux : des knackis avec des pâtes et du ketchup? Pour le jeune hipster à moustache, des produits qui ne viennent que de New York ou de Tokyo : un sushi-hot dog? Pour le psychorigide maniaque du ménage, un menu qui fait des miettes pour bien le détendre : brick à la fêta et tarte aux pommes? Pfiouuu ! C’est compliqué.

J’étais donc ravie quand des amies m’ont parlé de Ma cuisine de lesbienne. Un tout nouveau livre écrit par Océanerosemarie, auteur et comédienne du one woman show « La lesbienne invisible ». Cette jolie rousse, maîtresse de l’auto dérision, raconte ses dîners fictifs avec sept stéréotypes de lesbiennes, se met en scène en photo avec chacune des filles, et agrémente ses récits de vraies recettes. Il y a la Lesbienne refoulée, un peu dyslexique, et qui donc prononce Gouine amann au lieu de Kouign amann. La Butch (ma préférée), spécialiste du poulet fisté. L’hétéro allumeuse, qui sur chaque photo est allongée langoureusement, adooooore le gingembre, minaude à mort, mais finalement va se coucher. La SM, qui aurait voulu préparer du Fugu, le poisson japonais dangereux, mais qui n’en a pas trouvé et donc a acheté du cabillaud. Océanerosemarie va aussi dîner avec la Gouine branchée, et la lesbienne biobio.

Ce petit livre est comme le Dico du Look, mais en version culinaire, à lire que l’on soit lesbienne, gay, hétéro ou trans. Il m’a fait rire à chaque page (or femme qui rit, femme à moitié …), et j’ai bien noté la recette du carpaccio de saint jacques au gingembre, celle de l’Hétéro allumeuse. Je suis prête à cuisiner, et peut-être à plaire, aux filles qui aiment les filles. Et puis je rajouterai MA recette perso. Quelques centilitres de bon vin, une pincée de sourires, un fond de musique cool, un assortiment de dentelles, un bouquet de transparences, un morceau de fesse dévoilé, et des poignées de baisers humides. À mijoter sous la couette pendant quelques heures.