avr
2012
Cette phrase, je n’imaginais pas, il y a dix ans, la prononcer. Il y a dix ans, j’étais une jeune étudiante en sciences politiques, mon visage avait encore les rondeurs de l’adolescence, je voulais être grand reporter pour Radio France, et ne jurais que par Lévi-Strauss (l’anthropologue, pas les jeans). Il y a dix ans, j’étais une petite intello un peu coincée. Pourtant, je me souviens avoir regardé, avec mon amoureux de l’époque, un Dorcel, sur VHS. Je ne me rappelle plus le titre, juste que c’était une histoire de bourgeoises assez salopes.
Dix ans plus tard, me voilà donc, à Paris, un mercredi soir, à 22h, devant l’entrée d’un club libertin, pour une chronique. Intello toujours, mais sur ma table de chevet Le Fétichisme : histoire d’un concept a remplacé La Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara. Je suis, pour être honnête, assez contente de rencontrer des personnes de cette boîte, et donc avant d’aller à cette soirée ; j’ai écrit comme statut Facebook : « ce soir, c’est soirée Dorcel ». Au bout de quelques secondes, j’ai un « like ». De ma mère. Tout va bien. Au bout de quelques minutes j’ai des messages privés. Des amis (hommes, bien sûr) qui me demandent s’ils peuvent m’accompagner. J’aurais dû m’en douter. Dorcel est un nom créateur de fantasmes. C’est assez fascinant.
La marque, qui a plus de trente ans, a réussi à créer une image tellement forte, que non seulement tout le monde la connaît (sauf peut-être ma mère), mais elle génère en plus immédiatement des images : des orgies bourgeoises, des porn-stars dévêtues qui déambulent une coupe de champagne à la main, des personnages masqués, bref des scènes de porno-chic. Lire la suite..











